Edgar Degas
Estimation, cote et valeur aux enchères
Peintre français (1834–1917), maître des danseuses et de l’impressionnisme. Estimation Degas : pastels de 300 000 € à plusieurs millions, record à 38 M€.

Edgar Degas (1834–1917) est l’une des figures tutélaires de l’art impressionniste et l’un des artistes français les plus collectés à l’échelle mondiale. Sa production singulière, centrée sur le mouvement, la lumière artificielle et la vie moderne du XIXe siècle, a engendré un corpus d’une richesse et d’une diversité exceptionnelles. Que vous possédiez un dessin, un pastel, une estampe ou un bronze lui étant attribué, comprendre la mécanique de sa cote est une étape indispensable avant toute démarche de vente ou d’assurance.
Parcours et œuvre de Edgar Degas
Né à Paris le 19 juillet 1834, Hilaire-Germain-Edgar de Gas grandit dans une famille aisée de la haute bourgeoisie parisienne. Son père, banquier d’origine napolitaine, l’encourage très tôt à fréquenter les musées et les galeries. Après des études de droit rapidement abandonnées, Degas intègre l’atelier de Louis Lamothe, élève d’Ingres, à l’École des Beaux-Arts de Paris. Cet apprentissage lui inculque une rigueur du dessin qui restera, toute sa vie durant, le pilier absolu de sa pratique.
Entre 1856 et 1859, il séjourne longuement en Italie, copiant avec avidité les maîtres de la Renaissance à Florence, Rome et Naples. De retour à Paris, il expose d’abord au Salon officiel avant de rejoindre le groupe impressionniste, participant à sept des huit expositions collectives de 1874 à 1886. Il s’en distingue cependant par un refus du travail en plein air et une fascination pour les scènes d’intérieur éclairées de manière artificielle. Ses contemporains Auguste Renoir et Claude Monet s’opposaient à lui sur ce point fondamental.
Ses sujets de prédilection, qui structurent aujourd’hui les segments les plus actifs de son marché, sont les danseuses de l’Opéra de Paris (plus de la moitié de sa production totale), les scènes de courses hippiques, les femmes à leur toilette, les repasseuses et les cafés-concerts. Cette cohérence thématique confère à son œuvre une lisibilité immédiate sur le marché secondaire : un collectionneur reconnaît un Degas en un coup d’œil, ce qui soutient structurellement la demande.
Au fil des années, sa vue se dégrade progressivement. Il délaisse peu à peu la peinture à l’huile pour le pastel, dont il devient le maître incontesté, obtenant des textures et des coloris d’une intensité unique dans l’histoire du médium. Il modèle également en cire des figurines de danseuses et de chevaux, conservées dans son atelier et fondues en bronze après sa mort. Il s’éteint à Paris le 27 septembre 1917. L’inventaire de son atelier révèle plusieurs centaines d’œuvres inédites, dont certaines comptent aujourd’hui parmi les pièces les plus recherchées du marché.
Quelle est la cote de Edgar Degas sur le marché de l’art ?
Edgar Degas figure parmi les artistes impressionnistes les mieux valorisés aux enchères internationales. Sa cote se maintient à un niveau élevé sur le long terme, soutenue par la rareté croissante des pièces de qualité sur le marché secondaire et par une demande mondiale constante de la part des institutions et des collections privées.
La particularité de son marché tient à l’extraordinaire diversité des supports : une estampe peut s’adjuger quelques milliers d’euros, là où un grand pastel de danseuses atteint plusieurs millions. Le marché des sculptures, concentré autour des fontes posthumes de la Petite danseuse de quatorze ans, constitue une catégorie à part entière dont les sommets dépassent toute comparaison avec le reste de la production.
En mai 2022, une fonte en bronze de la « Petite danseuse de quatorze ans », seule sculpture que Degas ait jamais exposée de son vivant (sous forme de cire en 1881), a été adjugée 41,6 millions de dollars lors d’une vente publique à New York. Ce record mondial pour l’artiste illustre la puissance de sa cote aux plus hauts niveaux, sans pour autant refléter les prix courants du marché.
Pour un collectionneur ou un particulier qui hérite d’une œuvre de Degas, la fourchette réelle s’étend de quelques milliers d’euros pour une estampe à plusieurs centaines de milliers pour un pastel de qualité courante. La tendance de fond est haussière, portée par la raréfaction des pièces disponibles et par un intérêt institutionnel soutenu, notamment du côté des grands musées américains, britanniques et français.
Comment estimer une œuvre de Edgar Degas ? Les critères déterminants
La valeur d’une œuvre de Degas dépend de facteurs très précis, propres à chaque support et à chaque période. Voici les critères qu’un expert examine en priorité.
La technique et le support
C’est le premier déterminant de valeur. La hiérarchie des supports est claire.
Les peintures à l’huile sont les plus rares et les plus valorisées. Degas en a produit relativement peu par rapport à ses œuvres sur papier. Une huile sur toile, même de format modeste, atteint généralement plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions d’euros. Les grandes compositions sur des sujets emblématiques franchissent régulièrement la barre du million.
Les pastels constituent le segment le plus dynamique du marché. Son maniement du pastel est reconnu comme l’un des plus aboutis de l’histoire de l’art. Les compositions de danseuses ou de baigneuses en pastel s’inscrivent généralement entre 300 000 et plusieurs millions d’euros pour les formats significatifs. Des études de plus petite taille peuvent se situer entre 50 000 et 300 000 €.
Les dessins (fusain, mine de plomb, encre) représentent un segment intermédiaire, généralement compris entre 10 000 et 200 000 €, avec des résultats nettement supérieurs pour les études préparatoires liées à des œuvres répertoriées.
Les monotypes et estampes (eaux-fortes, aquatintes) constituent le point d’entrée du marché Degas. Selon l’état du tirage, les prix varient de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d’euros, avec des sommets au-delà de 100 000 € pour les titres les plus recherchés en bel état d’impression.
Les sculptures en bronze forment une catégorie à part. Degas n’a jamais fondu de bronze de son vivant : toutes les fontes sur le marché datent de l’après-guerre, principalement de 1919 à 1921, réalisées par le fondeur Hébrard. Ces bronzes existent en séries numérotées, et les numéros bas en meilleur état atteignent les valorisations les plus élevées.
La période de création
La production de Degas s’étend sur plus de cinquante ans, avec des périodes que les experts distinguent clairement.
Les œuvres des années 1860–1880, réalisées à l’apogée de sa maîtrise technique et avec une vue intacte, sont les plus valorisées. On y trouve les premières grandes peintures de danseuses à l’huile, les compositions de courses hippiques et les premiers pastels d’une précision exceptionnelle.
Les œuvres de la décennie 1880–1890 témoignent d’une liberté croissante du trait et d’une audace coloriste remarquable. Les grandes baigneuses en pastel et les danseuses vues de près datent souvent de cette période particulièrement fertile.
Les œuvres tardives (après 1890), exécutées alors que sa vue déclinait sévèrement, présentent un traitement plus large et une palette simplifiée. Certains collectionneurs les apprécient pour leur aspect précurseur de l’abstraction, d’autres les jugent moins abouties. Leur cotation reste forte mais plus variable selon la qualité d’exécution.
Le sujet et la composition
Les danseuses de ballet sont de loin les sujets les plus recherchés, quelle que soit la technique. Une composition montrant plusieurs danseuses en mouvement ou en répétition attire systématiquement davantage d’enchérisseurs qu’une étude d’une seule figure au repos. Les scènes de courses hippiques et de cafés-concerts forment le deuxième cercle de convoitise. Les baigneuses (nus au bain) constituent un troisième segment très actif, porté par de nombreuses collections institutionnelles majeures.
Les sujets moins typiques, comme certains portraits ou scènes de genre atypiques, sont généralement moins bien valorisés, sauf si la qualité d’exécution ou la provenance compensent cette moindre lisibilité marchande.
La provenance et l’authenticité
Une provenance documentée est un facteur de valorisation considérable. Les œuvres issues des ventes d’atelier de 1918 et 1919, portant le cachet de vente rouge (un « D » stylisé ou un cachet ovale), bénéficient d’une traçabilité directe depuis l’atelier de l’artiste, ce qui rassure les acheteurs et soutient les prix. Une pièce exposée dans un musée international ou citée dans un catalogue d’exposition important vaut sensiblement plus qu’une pièce sans historique connu.
La présence au catalogue raisonné numérique de Michel Schulman (degas-catalogue.com) constitue aujourd’hui la référence de première importance pour les peintures, pastels et dessins. Ce catalogue recense plusieurs milliers d’œuvres avec leur historique complet de provenance et leurs expositions documentées.
Quels sont les prix des œuvres de Edgar Degas aux enchères ?
Le marché secondaire de Degas est l’un des plus profonds et des plus actifs parmi les artistes du XIXe siècle. La diversité des supports permet à des collectionneurs de profils très différents d’accéder à une œuvre originale.
Pour les peintures à l’huile, les résultats habituels se situent entre 200 000 et 5 000 000 €, avec des exceptions significativement supérieures pour les compositions de grande qualité sur des sujets emblématiques.
Pour les pastels, le segment le plus dynamique, les études de format modeste s’adjugent généralement entre 50 000 et 300 000 €, et les grandes compositions de qualité entre 300 000 € et plusieurs millions. Une étude de danseuse au pastel a été adjugée 362 500 € lors d’une vente publique en France, bien au-delà de son estimation initiale de 100 000 à 150 000 €, illustrant la vigueur persistante de la demande. En novembre 2024, un pastel de danseuses estimé entre 2 et 3 millions de dollars était présenté lors d’une vente publique à New York, témoignant de l’appétit actuel du marché pour ce support.
Pour les dessins, la fourchette courante s’étend de 10 000 à 200 000 €, avec des résultats supérieurs pour les études préparatoires liées à des œuvres connues.
Pour les estampes et monotypes, les prix varient fortement selon l’état du tirage : de quelques centaines d’euros pour un tirage tardif de moindre qualité à plus de 100 000 € pour les titres les plus recherchés en bel état d’impression.
Pour les sculptures en bronze, le marché est bipolaire. Les petites fontes de sujets secondaires peuvent trouver acquéreur entre quelques dizaines de milliers et 500 000 €. Les fontes de la « Petite danseuse de quatorze ans » constituent une catégorie à part entière dont le record mondial a été établi à 41,6 millions de dollars lors d’une vente publique à New York en mai 2022. D’autres exemplaires de cette sculpture iconique ont régulièrement atteint plusieurs millions d’euros lors de ventes publiques internationales.
Comment reconnaître une œuvre authentique de Edgar Degas ?
La question de l’authenticité est centrale pour toute attribution à Degas. L’artiste n’a pas systématiquement signé ses œuvres de son vivant : une partie importante de sa production porte uniquement le cachet d’atelier (un « D » rouge stylisé ou un cachet ovale apposé lors des ventes de succession de 1918 et 1919) plutôt qu’une signature autographe. La présence de ce cachet, loin de dévaluer l’œuvre, confirme au contraire son origine directe depuis l’atelier.
Les signatures « Degas » ont été étudiées de manière exhaustive dans le cadre du catalogue raisonné numérique de Michel Schulman, qui présente un corpus de référence de plus de soixante signatures authentifiées couvrant toutes les périodes de production. Toute signature suspecte doit être comparée à ce corpus par un expert qualifié avant toute transaction.
L’organe officiel d’authentification est le Comité Edgar Degas (comiteedgardegas.com), constitué des héritiers légaux de l’artiste. Ce comité délivre des certificats d’authenticité sur dossier, après examen physique de l’œuvre et de sa provenance documentée. La présentation d’un dossier complet (historique d’acquisition, photographies haute résolution, éventuels certificats antérieurs) accélère considérablement les délais d’examen.
Pour les bronzes, l’identification du fondeur et du numéro de fonte est indispensable. Les fontes autorisées portent le cachet Hébrard accompagné d’une lettre et d’un numéro de série. L’absence ou la falsification de ces marques constitue un signal d’alerte majeur qui doit conduire à un refus immédiat de toute transaction.
Comment faire estimer une œuvre de Edgar Degas ?
Faire estimer une œuvre attribuée à Degas exige une expertise spécialisée, car les enjeux financiers et les risques d’erreur sont significatifs à tous les niveaux du marché, y compris pour les formats les plus modestes.
La première étape consiste à rassembler la documentation disponible : tout ce qui est connu de l’historique de l’œuvre depuis son acquisition jusqu’à aujourd’hui. Factures, certificats anciens, photographies datées, mentions dans des catalogues d’exposition ou de vente et références éventuelles au catalogue raisonné de Schulman : chaque document renforce la valeur et facilite l’expertise.
L’expert examinera ensuite le support, la technique, les dimensions, l’état de conservation et la présence de la signature ou du cachet d’atelier. Pour les pastels et dessins, l’état du papier et la stabilité des pigments sont déterminants. Pour les bronzes, l’intégrité de la patine et la lisibilité des marques de fondeur sont des éléments clés de l’évaluation.
Une première estimation sérieuse peut être réalisée à distance, à partir de photographies de qualité (recto et verso, détail de la signature ou du cachet, inscription au dos). Cette approche permet d’établir une fourchette indicative avant toute expertise physique approfondie. Pour démarrer cette démarche, adressez votre demande d’estimation gratuite à notre équipe de spécialistes, qui vous répondra sous 48 heures.
Ce qu’il ne faut absolument pas faire avec une œuvre de Edgar Degas
Vendre une estampe ou un dessin sans vérification préalable au catalogue raisonné. Le marché des œuvres graphiques de Degas est parsémé de copies, de reproductions lithographiques tardives et de tirages d’édition sans valeur marchande réelle. Avant toute cession, il est impératif de vérifier si l’œuvre est répertoriée dans le catalogue raisonné numérique de Schulman ou dans l’inventaire des estampes. Un dessin présenté comme une simple « esquisse de Degas » dans une succession peut valoir dix fois le prix imaginé, ou n’être qu’une reproduction sans intérêt marchand.
Restaurer un pastel sans l’accord d’un conservateur spécialisé en arts graphiques. Degas refusait l’usage du fixatif, ce qui confère à ses pastels leur éclat incomparable mais les rend extrêmement fragiles. La couche de pigments repose directement sur le papier, sans aucun liant. Toute tentative de nettoyage ou de consolidation par une personne non formée peut détruire irrémédiablement la valeur d’une pièce estimée à plusieurs centaines de milliers d’euros.
Conclure une transaction sur un bronze sans documentation de fondeur. Les faux bronzes attribués à Degas circulent sur le marché depuis des décennies. Un bronze sans cachet Hébrard lisible, sans numéro de fonte vérifiable et sans provenance traçable doit être systématiquement soumis au Comité Edgar Degas avant toute valorisation ou vente.
Sous-estimer l’importance du cachet d’atelier. Des héritiers peu informés confondent parfois l’absence de signature manuscrite avec un défaut d’authenticité et bradent des œuvres authentiques en dessous de leur valeur réelle. Le cachet d’atelier rouge est un indicateur d’authenticité aussi fiable qu’une signature, et sa préservation physique est indispensable à la valeur de l’œuvre.


