Expressionnisme

Francis Bacon

Estimation, cote et valeur aux enchères

1909–1992
Britannique
Peinture
9 min de lecture

Peintre irlando-britannique (1909–1992), figure majeure de la figuration du XXᵉ siècle. Estimation Francis Bacon : estampes de 5 000 à 50 000 €, peintures à partir de 1 million d'euros.

Portrait de Francis Bacon — peinture — Expressionnisme

Francis Bacon occupe une place singulière dans l'histoire de l'art du XXᵉ siècle. Ce peintre irlando-britannique, dont les figures convulsées et les visages déformés ont profondément marqué l'imaginaire occidental, est aujourd'hui l'un des artistes les plus recherchés sur le marché international de l'art moderne et contemporain. Posséder une œuvre de Bacon soulève des questions que peu de collectionneurs anticipent : comment reconnaître l'original, quels critères font varier la cote de manière aussi spectaculaire, et vers qui se tourner pour une estimation fiable.

Parcours et œuvre de Francis Bacon

Francis Bacon naît le 28 octobre 1909 à Dublin, de parents anglais. Asthmatique sévère, il quitte le domicile familial à seize ans, s'installe d'abord à Londres puis à Berlin, où il découvre la peinture de Picasso lors d'une exposition en 1927. Il rentre en Angleterre, gagne sa vie comme décorateur d'intérieur et joueur, et commence à peindre à la fin des années 1920 sans formation académique.

Sa carrière prend un tournant décisif en 1944 avec le triptyque Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion, présenté à Londres. Ces créatures hybrides, convulsées et hurlantes saisissent la critique d'emblée. En quelques semaines, Bacon s'impose comme l'une des voix les plus troublantes de la peinture d'après-guerre.

Les années 1950 sont celles des Papes hurlants, série de variations obsessionnelles sur le portrait du Pape Innocent X de Vélasquez. Les années 1960 et 1970 constituent l'apogée commercial et critique de son œuvre, avec des séries de portraits et d'autoportraits, des études de corps nus, des triptyques consacrés à ses amis les plus proches : le peintre Lucian Freud, son compagnon George Dyer (dont le suicide en 1971 hantera toute une décennie de peintures), et le critique David Sylvester.

Son atelier du 7 Reece Mews, à South Kensington, a été intégralement reconstitué et transféré à la Hugh Lane Gallery de Dublin. Ce lieu de travail d'une densité chaotique est aujourd'hui une source documentaire essentielle pour les chercheurs qui étudient sa méthode picturale. Bacon meurt le 28 avril 1992 à Madrid, laissant une œuvre de 584 peintures recensées dans le catalogue raisonné de Martin Harrison.

Quelle est la cote de Francis Bacon sur le marché de l'art ?

Francis Bacon figure régulièrement parmi les vingt artistes les plus vendus au monde. En 2023, son chiffre d'affaires global aux enchères dépassait 86 millions de dollars, lui valant la 16ᵉ place du classement mondial des artistes. Cette position est exceptionnelle pour un artiste du XXᵉ siècle dont le catalogue se limite à 584 peintures officiellement recensées, une rareté structurelle qui soutient des prix très élevés.

Le record absolu remonte à novembre 2013, quand le triptyque Three Studies of Lucian Freud (1969) a été adjugé près de 95 millions d'euros lors d'une vente publique à New York. La demande reste soutenue sur les œuvres majeures : un Self-Portrait de 1969 a atteint 27,2 millions d'euros lors d'une vente internationale en 2023, et un portrait de George Dyer de 1966 a dépassé 22 millions d'euros en vente publique en 2024. Ces résultats confirment que les œuvres des années 1960-1970 font l'objet d'une concurrence acharnée entre grands collectionneurs et institutions muséales.

La cote se maintient à un niveau très élevé sur les peintures importantes, tandis que les estampes originales offrent un point d'entrée beaucoup plus accessible, avec des fourchettes allant de 5 000 à environ 50 000 euros.

Comment estimer une œuvre de Francis Bacon ? Les critères déterminants

L'estimation d'une œuvre attribuée à Francis Bacon repose sur plusieurs critères interdépendants. Chaque paramètre peut faire varier la valeur de manière considérable.

La technique et le support

Francis Bacon travaillait exclusivement à l'huile sur toile ou sur panneau, avec une préférence marquée pour le verso non apprêté de ses toiles, obtenant ainsi une surface rugueuse propice à ses frottages et projections de peinture. Les peintures de grand format, notamment les triptyques dont chaque panneau mesure généralement 198 × 147 cm, commandent les prix les plus élevés.

À côté des peintures, il existe un corpus d'estampes originales (lithographies, sérigraphies) réalisées en éditions limitées. Ces œuvres sur papier, signées et numérotées, constituent le point d'entrée le plus accessible sur le marché Bacon, avec des fourchettes de 5 000 à environ 50 000 euros selon le sujet, le tirage et l'état de conservation.

La période de création

Toutes les périodes ne se valent pas sur le marché. Les œuvres des années 1960 et 1970 atteignent les prix les plus élevés, car elles correspondent à la maturité stylistique de Bacon et à ses séries les plus intenses (portraits de Lucian Freud, de George Dyer, autoportraits). Les peintures des années 1950, notamment les variations sur le Pape Innocent X, suscitent également un intérêt très fort, bien qu'elles soient rarement disponibles en vente publique.

Les travaux des années 1980 et du début des années 1990 peuvent atteindre des prix moindres à œuvre comparable, une hiérarchie bien établie sur le marché secondaire.

Le sujet et les personnages représentés

Le sujet est un critère déterminant. Les triptyques, quelle que soit leur période, bénéficient d'une prime significative liée à leur rareté et à leur ambition formelle. Les portraits de Lucian Freud et de George Dyer constituent la catégorie la plus désirée, avec des prix dépassant régulièrement dix millions d'euros pour les tableaux les plus importants. Les autoportraits occupent une place à part : Bacon en a réalisé une centaine, dont certains de formats relativement modestes (35 × 30 cm environ), qui peuvent se situer entre 5 et 20 millions d'euros selon la période.

Les œuvres à personnages anonymes ou figures moins identifiées trouvent preneur à des prix généralement inférieurs à ceux des portraits de ses intimes.

La provenance et le catalogue raisonné

La provenance est un critère décisif chez Bacon. Le catalogue raisonné rédigé par Martin Harrison (FSA), publié par The Estate of Francis Bacon en 2016 en cinq volumes, recense l'intégralité des 584 peintures connues. Un tableau absent de ce catalogue ne peut prétendre à la cote du marché Bacon. La présence d'une provenance documentée (anciens catalogues d'exposition, facturation de galerie, correspondance) constitue un argument de valeur considérable lors d'une vente.

Quels sont les prix des œuvres de Francis Bacon aux enchères ?

Les estampes originales représentent le point d'entrée le plus accessible pour un collectionneur souhaitant acquérir une œuvre authentique de Bacon. Lithographies et sérigraphies en éditions limitées, signées et numérotées, se négocient généralement entre 5 000 et 50 000 euros en vente publique, avec des variations importantes selon le sujet, l'état de conservation et la rareté du tirage.

Les dessins autonomes sont exceptionnellement rares, Bacon n'en réalisant pratiquement pas de manière indépendante. Lorsqu'ils apparaissent en vente, leur rareté absolue leur confère des prix qui reflètent leur caractère unique.

Pour les peintures, la fourchette basse dépasse le million d'euros pour les formats réduits ou les œuvres de périodes moins recherchées. Les tableaux de grand format des années 1960-1970 débutent généralement au-dessus de 5 millions d'euros. Les triptyques constituent la catégorie supérieure, avec des adjudications régulièrement comprises entre 12 et 90 millions d'euros pour les plus importantes.

Le record absolu reste le triptyque Three Studies of Lucian Freud (1969), adjugé près de 95 millions d'euros lors d'une vente publique à New York en novembre 2013. Plus récemment, un Self-Portrait de 1969 a atteint 27,2 millions d'euros lors d'une vente internationale en 2023, et un portrait de George Dyer de 1966 a dépassé 22 millions d'euros en vente publique en 2024.

Comment reconnaître une œuvre authentique de Francis Bacon ?

La question de l'authenticité est centrale dans l'œuvre de Bacon pour une raison structurelle : l'artiste détruisait lui-même les tableaux qu'il jugeait inaboutis, lacérant ou roulant les toiles abandonnées. Les faux et attributions erronées existent, parfois fondés sur des études ou dessins récupérés dans son atelier sans validation de sa part.

La référence absolue est le catalogue raisonné établi par Martin Harrison (The Estate of Francis Bacon, 2016, 5 volumes), qui recense l'intégralité des 584 peintures connues. Tout tableau revendiquant la cote Francis Bacon doit y figurer. L'Estate of Francis Bacon, basé à Londres et gérant l'héritage de l'artiste, est l'instance compétente pour toute question d'authentification. Les doutes sur une attribution doivent être soumis à l'Estate, qui dispose des archives photographiques complètes de l'atelier de Reece Mews.

Concernant les estampes, les éditions originales sont numérotées et signées à la main. Il existe sur le marché de très nombreuses reproductions en grand tirage qui n'ont aucune valeur de collection. La distinction avec une estampe originale signée s'établit à l'examen du papier, de la qualité d'impression et de la présence d'un numéro de tirage manuscrit.

Un élément souvent négligé : Bacon travaillait sur le verso non apprêté de ses toiles, et des inscriptions, tampons de galerie, numéros d'inventaire ou annotations de sa main figurent fréquemment au revers. L'absence totale de tout marquage au dos doit alerter un expert.

Comment faire estimer une œuvre de Francis Bacon ?

L'estimation d'une peinture ou d'une estampe attribuée à Francis Bacon exige une expertise rigoureuse. Un expert examine en premier lieu la présence de l'œuvre dans le catalogue raisonné de Martin Harrison ou dans les archives de l'Estate of Francis Bacon. Il vérifie ensuite la signature, la technique, le support et l'état de conservation. La provenance documentée (anciens catalogues d'exposition, factures, correspondance, photographies d'époque) constitue un argument de valeur majeur.

Pour une expertise à distance, des photographies précises de l'œuvre sous plusieurs angles, du revers de la toile ou du support, de la signature et de tout document de provenance permettent à un expert qualifié de formuler une première évaluation. Pour obtenir une évaluation précise de votre pièce par nos spécialistes, remplissez notre formulaire d'estimation gratuite en quelques minutes.

Ce qu'il ne faut absolument pas faire avec une œuvre de Francis Bacon

Confondre une reproduction photographique avec une estampe originale. De nombreuses impressions en grand tirage reproduisant l'œuvre de Bacon circulent sur le marché de l'occasion. Contrairement à une lithographie ou sérigraphie originale numérotée et signée (dont la valeur se situe entre 5 000 et 50 000 €), une reproduction offset n'a aucune valeur de collection, quelle que soit sa qualité visuelle. L'erreur est fréquente et peut conduire à des transactions à quelques dizaines d'euros pour une pièce qui en vaudrait plusieurs milliers.

Vendre une peinture attribuée à Bacon sans vérification préalable au catalogue raisonné. Un tableau présenté comme "de Francis Bacon" qui n'apparaît pas dans le catalogue raisonné de Martin Harrison (2016) sera refusé par les acheteurs avisés et les grandes salles de ventes. Passer à côté de cette vérification peut conduire à céder une œuvre à une fraction de sa valeur réelle, ou à investir dans une attribution non établie qui ne se valorisera jamais.

Restaurer ou rentoiler une peinture de Bacon sans expertise préalable. Bacon utilisait le verso non apprêté de ses toiles et une technique picturale très singulière, mêlant projection, frottage et usage de brosses usées. Toute intervention de restauration non documentée et non validée par un conservateur-restaurateur spécialisé peut affecter irrémédiablement l'intégrité de l'œuvre et réduire sa valeur marchande de façon significative.

Négliger le revers de la toile. Inscriptions, tampons de galerie, numéros de catalogue ou annotations de la main de Bacon au dos d'un tableau constituent des preuves documentaires précieuses pour l'authentification. Ne jamais couvrir ou retendre une toile sans avoir photographié l'intégralité du revers.

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