Francisco de Goya
Estimation, cote et valeur aux enchères
Peintre et graveur espagnol (1746–1828), précurseur de la modernité. Ses gravures s'échelonnent de 100 à 300 000 €, ses peintures atteignent plusieurs millions en vente publique.

Francisco de Goya est l'une des figures les plus fascinantes de l'histoire de l'art occidental : peintre officiel de la cour d'Espagne et précurseur de la modernité artistique, il a traversé le XVIIIe et le XIXe siècle en laissant une empreinte indélébile sur la peinture, le dessin et la gravure. Ses oeuvres, qu'il s'agisse d'huiles sur toile monumentales, de séries de gravures gravées à l'eau-forte ou de dessins au lavis, atteignent des prix considérables sur le marché international de l'art, et suscitent un intérêt croissant de la part des collectionneurs et des institutions muséales.
Parcours et oeuvre de Francisco de Goya
Né le 30 mars 1746 à Fuendetodos, dans la province d'Aragon (Espagne), Francisco José de Goya y Lucientes grandit dans un milieu modeste. Son père, doreur, l'initie à l'artisanat ; mais c'est la peinture qui s'impose rapidement comme sa vocation. Il entre en apprentissage à Saragosse auprès de José Luzán y Martínez, puis se rend à Madrid où il fréquente l'atelier de Francisco Bayeu, peintre de cour dont il épousera la soeur Josefa en 1773. Ce mariage stratégique lui ouvre les portes de la cour royale.
En 1771, Goya effectue un séjour décisif en Italie, notamment à Rome et à Parme. Il y absorbe les influences du baroque tardif et du néoclassicisme alors en vogue, tout en s'imprégnant des oeuvres de Titien, Velázquez et Rembrandt, qui resteront ses trois références cardinales tout au long de sa vie. À son retour en Espagne, il réalise ses premières fresques religieuses pour la cathédrale de Saragosse, dans un style encore marqué par la tradition baroque.
Sa carrière connaît une accélération spectaculaire à partir de 1775 : la Manufacture royale de tapisserie de Madrid lui commande plus de soixante cartons, qui serviront de modèles aux tisseurs. Ces compositions légères, aux coloris chaleureux, illustrant des scènes de la vie populaire espagnole (joutes, pique-niques, danse), représentent une part encore accessible du marché Goya aujourd'hui. En 1786, il est nommé peintre du roi Charles III, puis en 1789 premier peintre de cour sous Charles IV. Les portraits aristocratiques et royaux de cette période sont parmi les plus convoités des collectionneurs.
Une maladie grave en 1792-1793, qui le laisse définitivement sourd, marque une rupture fondamentale dans son oeuvre. Goya bascule alors vers un art beaucoup plus sombre et introspectif. C'est dans cette période qu'il conçoit Los Caprichos (1799), une série de 80 eaux-fortes satirisant les superstitions, l'ignorance et les abus de pouvoir, qui constitue l'un des sommets de l'art graphique occidental. Suivront Les Désastres de la Guerre (1810-1820, publiés posthumément en 1863), témoignage hallucinant des violences de la guerre d'indépendance contre Napoléon, puis La Tauromaquia (1816) et Les Disparates (ou Proverbes, circa 1820).
Après la Restauration absolutiste de Ferdinand VII en 1823, Goya, compromis par ses sympathies libérales, s'exile volontairement à Bordeaux. Il y mourra le 16 avril 1828, à 82 ans, continuant à peindre et à expérimenter la technique lithographique jusqu'à la fin. Ses dernières peintures murales réalisées sur les murs de sa maison de campagne madrilène, les fameuses Pinturas negras (Peintures noires, 1820-1823), aujourd'hui conservées au Musée du Prado, témoignent d'une liberté créative absolument stupéfiante et annoncent l'expressionnisme du XXe siècle.
Quelle est la cote de Francisco de Goya sur le marché de l'art ?
La cote de Goya sur le marché international est à la fois très élevée pour ses oeuvres majeures et remarquablement accessible pour ses gravures. Cette dualité explique l'intérêt constant que lui portent aussi bien les grands musées que les collectionneurs particuliers.
En 2023, deux portraits à l'huile sur toile de sa main ont été adjugés en vente publique pour un total de 12 843 628 euros, confirmant sa place parmi les artistes les plus valorisés du marché classique européen. Cette adjudication place Goya bien au-delà de la plupart de ses contemporains espagnols.
Ses dessins atteignent également des sommets : en 2022, deux dessins satiriques de l'artiste ont été acquis par une institution publique française pour 1 905 000 euros frais inclus, témoignant de l'intérêt persistant des musées pour compléter leurs collections. Sur la même période, des estimations de dessins issus de ses albums personnels ont oscillé entre 1 700 et plusieurs millions d'euros selon la pièce, avec des moyennes aux alentours de 1 200 000 euros pour les pièces de qualité.
Le marché de ses gravures est plus accessible mais tout aussi actif : une série complète des Caprichos en première édition (1799) a été adjugée en décembre 2021 pour 277 200 GBP en vente publique, tandis qu'une autre série complète atteignait 162 500 euros en mars 2022. Les planches isolées d'éditions postérieures se négocient entre quelques centaines et plusieurs dizaines de milliers d'euros selon l'édition, l'état et la rareté de la composition.
Le volume global des adjudications Goya reste soutenu, avec une présence régulière dans les grandes sessions de dessins et estampes anciennes. La demande institutionnelle (musées, fondations) et privée (collectionneurs américains, européens et asiatiques) maintient une pression haussière sur les pièces de qualité.
Comment estimer une oeuvre de Francisco de Goya ? Les critères déterminants
La technique et le support
Le support est le premier facteur d'écart de valeur entre les oeuvres de Goya. Une peinture à l'huile sur toile, même de petit format, se situe dans un registre de plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions d'euros si l'attribution est solidement établie. Les cartons de tapisseries, plus nombreux et moins dramatiques, atteignent néanmoins des prix significatifs lorsque leur provenance royale est documentée.
Les dessins à l'encre, au lavis ou à la sanguine, issus de ses albums personnels (Albums A à H), constituent un segment de marché très prisé : ils oscillent entre quelques milliers d'euros pour des feuilles tardives de qualité moindre et plusieurs millions pour les compositions les plus emblématiques. Les lithographies réalisées à Bordeaux en fin de carrière (notamment les Taureaux de Bordeaux, circa 1825) sont rares et très recherchées.
Les gravures à l'eau-forte représentent la porte d'entrée la plus accessible de l'oeuvre de Goya, avec des fourchettes allant de 100 à 150 000 euros selon la série, l'édition et l'état.
La période de création
Parmi les périodes de Goya, certaines sont nettement plus valorisées que d'autres. Les oeuvres de la période de cour (1780-1800), portraits aristocratiques et royaux à l'huile, atteignent les prix les plus élevés car elles combinent qualité d'exécution, format monumental et pedigree historique.
Les oeuvres de la période sombre (1792-1823), marquées par l'expressionnisme avant la lettre et la force visionnaire des Peintures noires, sont considérées comme les plus importantes sur le plan artistique. Leur rareté sur le marché, la plupart étant dans des collections muséales, en fait des pièces d'exception lorsqu'elles apparaissent.
Pour les gravures, la hiérarchie est claire : les éditions originales publiées du vivant de l'artiste (Los Caprichos, 1799 ; La Tauromaquia, 1816) sont infiniment plus précieuses que les rééditions posthumes du XIXe et XXe siècle. Un exemplaire de la première édition des Caprichos peut valoir cent fois plus qu'un tirage tardif de la même planche.
Le sujet et la composition
La notoriété du sujet joue un rôle déterminant dans la valeur d'une gravure. La planche n°43 des Caprichos, "El sueño de la razón produce monstruos" (Le Sommeil de la raison engendre des monstres), est la composition la plus iconique et la plus recherchée de la série : une impression en bon état d'une première édition peut atteindre 10 000 à 15 000 euros, contre 500 à 1 500 euros pour une planche moins connue de la même série en édition tardive.
Pour les peintures et dessins, les thèmes liés à la cour espagnole, aux scènes de genre populaires espagnoles ou aux épisodes de la guerre d'indépendance suscitent un intérêt particulier des collectionneurs historiquement sensibilisés à l'Espagne du Siècle des Lumières. Les portraits de personnalités identifiées valent en général plus que les compositions à sujet générique.
La provenance et l'authenticité
Pour Goya, la provenance est un critère absolument central. L'artiste a eu de nombreux élèves et collaborateurs d'atelier, et de nombreuses oeuvres longtemps attribuées à sa main sont aujourd'hui reconnues comme des oeuvres d'école ou de collaborateurs. Une attribution solidement établie, idéalement appuyée sur une référence au catalogue raisonné Gassier-Wilson (Pierre Gassier et Juliet Wilson, "The Life and Complete Work of Francisco Goya", Office du Livre, Fribourg, 1970, référence bibliographique incontournable pour les peintures, dessins et gravures), peut multiplier la valeur d'une oeuvre par un facteur considérable.
Une provenance documentée (collection historique connue, vente publique ancienne tracée, mention dans une exposition) rassure les acheteurs et les experts et contribue directement à la valorisation. Une pièce issue d'une collection princière espagnole du XIXe siècle bénéficiera d'une majoration significative par rapport à une oeuvre de même qualité formelle sans historique connu.
Quels sont les prix des oeuvres de Francisco de Goya aux enchères ?
Le marché de Goya couvre un spectre de prix extraordinairement large, ce qui en fait un artiste accessible à plusieurs types de collectionneurs.
Peintures à l'huile : les peintures authentifiées de Goya sont rarissimes sur le marché secondaire. Lorsqu'elles y apparaissent, les prix se situent entre plusieurs centaines de milliers d'euros pour une oeuvre de format modeste aux attributions solides, et plusieurs dizaines de millions pour les compositions majeures. Le record récent en vente publique dépasse les 12 millions d'euros (2023) pour deux portraits. Les cartons de tapisseries, moins spectaculaires formellement, atteignent des niveaux comparables dès lors que la provenance royale est établie.
Dessins : les feuilles issues des albums personnels de Goya constituent un marché très actif. Les prix s'échelonnent de 1 700 euros pour un dessin tardif de qualité limitée jusqu'à plusieurs millions pour les compositions emblématiques. Les dessins du "Libro de Apuntes" ou des Albums D, E, F, G, H sont les plus recherchés et les plus documentés dans le catalogue Gassier-Wilson.
Gravures en séries complètes : une série complète des Caprichos en première édition (1799) vaut entre 150 000 et 300 000 euros selon l'état de conservation des feuillets. La série des Désastres de la Guerre en édition originale se situe dans une fourchette similaire. La Tauromaquia complète se négocie entre 50 000 et 120 000 euros. Les Disparates (ou Proverbes) sont les moins fréquents en première édition.
Gravures isolées : une planche isolée en première édition d'une composition emblématique (planche 43 des Caprichos, planches célèbres des Désastres) peut atteindre 5 000 à 15 000 euros. Les éditions posthumes du XIXe siècle se négocient entre 100 et 1 500 euros la planche selon la composition et l'état.
Lithographies : les quatre "Taureaux de Bordeaux" (circa 1825), parmi les premières lithographies réalisées par un grand maître, sont extrêmement rares et se situent dans une fourchette de 10 000 à plusieurs dizaines de milliers d'euros pour un bel exemplaire.
Entrée de gamme accessible : des gravures tardives issues d'éditions posthumes de maisons d'édition madrilènes du XIXe siècle se trouvent à partir de 100 à 300 euros en vente publique, ce qui constitue un point d'entrée pour les amateurs débutants.
Comment reconnaître une oeuvre authentique de Francisco de Goya ?
La question de l'authenticité est particulièrement délicate pour Goya, en raison de la présence historique de nombreux élèves et collaborateurs dans son atelier, et de la grande quantité de copies et faux qui ont circulé depuis le XIXe siècle.
Pour les peintures, l'analyse stylistique par un historien de l'art spécialisé est indispensable. Les experts examinent le traitement des carnations, la facture de la touche, la construction des ombres et le choix de la palette. Goya utilisait des pigments typiques de son époque : vermillon, ocres, bleu de Prusse, blanc de plomb. Une analyse en laboratoire des pigments et des liants permet souvent de dater ou d'invalider une attribution. La référence scientifique reste le catalogue raisonné Gassier-Wilson (1970), qui recense les peintures, dessins et gravures authentifiés avec leurs numéros de catalogue devenus standards dans les échanges scientifiques et commerciaux.
Pour les gravures, le premier réflexe est d'identifier l'édition. Les premières éditions des Caprichos (1799) comportent un filigrane spécifique (papier vergé avec filigrane de la Real Calcografía, la Calcographie royale de Madrid). Les bords des planches, la qualité de l'encre, la densité des tailles et l'état de la planche d'origine sont autant d'indicateurs permettant de distinguer un tirage ancien d'une réédition tardive. Les éditions du XIXe et XXe siècle produites par la Real Calcografía de Madrid sont des tirages légitimes mais beaucoup moins précieux que les premières éditions.
Pour les dessins, l'examen du papier (filigrane, texture, couleur vieillie naturellement), de l'encre (brunissement par l'âge, composition chimique) et du style de l'écriture ou des annotations autographes complète l'analyse formelle.
Le Musée du Prado à Madrid reste l'institution de référence mondiale pour l'étude et l'authentification de l'oeuvre de Goya : il conserve le plus grand fonds au monde d'oeuvres authentifiées et ses conservateurs spécialisés font autorité. En France, le Musée Goya de Castres est une ressource significative, avec une collection de premier plan qui sert de référence pour les oeuvres de l'exil bordelais.
Les faux sont nombreux, particulièrement pour les gravures : des tirages modernes sur papier vieilli artificiellement ou des signatures ajoutées a posteriori circulent sur le marché. Faire appel à un expert avant tout achat ou avant toute transaction est une précaution indispensable.
Comment faire estimer une oeuvre de Francisco de Goya ?
L'estimation d'une oeuvre de Goya requiert une approche méthodique, car la valeur peut varier considérablement selon des critères que seul un expert formé peut évaluer correctement.
La première étape consiste à rassembler toute la documentation disponible sur la pièce : factures d'achat, certificats anciens, mentions dans des catalogues de ventes publiques, étiquettes de collections au revers de la toile ou du cadre, correspondances. Ces éléments constituent la provenance et conditionnent directement l'estimation.
L'expert examinera ensuite le support et la technique : pour une gravure, il cherchera à identifier la série et l'édition (première édition ou réédition posthume), le numéro de planche, la présence ou l'absence du filigrane original, l'état de conservation (piqûres, rousseurs, déchirures, restaurations). Pour une peinture ou un dessin, l'analyse portera sur le support (toile, papier, cuivre), la technique, les dimensions et l'état de surface.
La confrontation avec le catalogue Gassier-Wilson permet de vérifier si l'oeuvre est répertoriée. Un numéro de catalogue Gassier-Wilson est un argument de valorisation très significatif dans toute négociation.
L'estimation à distance est possible à partir de photographies de haute qualité (face, revers, détails de la signature et du support), accompagnées de toutes les informations disponibles sur l'historique de l'oeuvre. Pour les gravures notamment, cette première approche permet souvent d'identifier l'édition et de proposer une fourchette de valeur.
Pour toute oeuvre de valeur potentiellement significative, notre équipe d'experts vous propose une demande d'estimation gratuite sous 48 heures, en toute confidentialité.
Ce qu'il ne faut absolument pas faire avec une oeuvre de Francisco de Goya
Ne pas confondre une réédition avec une première édition. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse sur le marché des gravures de Goya. Les éditions posthumes des Caprichos, des Désastres de la Guerre ou de la Tauromaquia, produites par la Real Calcografía de Madrid au XIXe et au XXe siècle, sont des tirages légitimes mais sans commune mesure avec les premières éditions. Une planche des Caprichos en tirage tardif peut valoir 200 euros là où la même composition en première édition (1799) avec filigrane d'origine atteint 5 000 à 10 000 euros. Faire expertiser l'édition avant d'acheter ou de vendre est donc indispensable.
Ne pas entreprendre de restauration sans avis d'expert. Un nettoyage maladroit d'une peinture attribuée à Goya, ou le recollage d'un dessin sur un support inadapté, peut irrémédiablement détruire les indices permettant une authentification future et, de ce fait, faire chuter la valeur de l'oeuvre de manière dramatique. La restauration des oeuvres de vieilles maîtres exige des spécialistes en conservation-restauration agréés, travaillant selon des protocoles réversibles.
Ne pas vendre comme une oeuvre "de Goya" ce qui est "d'atelier de Goya". Les élèves et collaborateurs de Goya, dont son fils Francisco Javier de Goya, ont produit de nombreuses oeuvres dans son style et parfois sous sa supervision directe. Ces oeuvres ont une valeur réelle mais très inférieure aux oeuvres de la main du maître. Une attribution erronée, même de bonne foi, engage la responsabilité civile du vendeur. En cas de doute sur l'attribution, la formulation prudente "atelier de Goya" ou "entourage de Goya" est la seule honnête.
Ne pas ignorer les questions de retour culturel et de provenance. Certaines oeuvres de Goya, notamment des gravures et des dessins issus de collections espagnoles dispersées pendant la guerre civile (1936-1939) ou la Seconde Guerre mondiale, peuvent faire l'objet de revendications de restitution. Avant d'acquérir une oeuvre importante, il est prudent de vérifier son historique de provenance depuis 1933 au minimum, via les bases de données internationales de biens culturels spolié. Un défaut de diligence sur ce point peut conduire à la perte de l'oeuvre sans indemnisation.


