Léonard Tsuguharu Foujita
Estimation, cote et valeur aux enchères
Peintre franco-japonais (1886–1968), figure de l'École de Paris et inventeur du fond blanc laiteux. Ses nus et ses chats valent de 4 000 € pour une estampe à plusieurs millions pour une huile.

Tsuguharu Foujita incarne à lui seul la singularité du siècle artistique dans lequel il vécut : formé à la tradition japonaise, il devint l'une des figures les plus célébrées du Paris des Années Folles, inventant un style immédiatement reconnaissable que ni l'Est ni l'Ouest ne saurait pleinement revendiquer. Ses femmes nues au fond blanc soyeux, ses chats aux contours sinueux et ses compositions lumineuses ont conquis des collectionneurs du monde entier. Ses huiles ont franchi le cap de 8 millions d'euros en vente publique, tandis que ses estampes et dessins restent accessibles à une clientèle élargie, faisant de Foujita un artiste à la cote à la fois élevée et diversifiée.
Parcours et œuvre de Léonard Tsuguharu Foujita
Né le 27 novembre 1886 à Tokyo dans une famille de la haute bourgeoisie militaire et intellectuelle, Tsuguharu Foujita suit une formation à la Tokyo Fine Arts School avant de s'embarquer pour la France en 1913. Il s'installe à Montparnasse, fréquente la Ruche et le Café du Dôme, et noue des amitiés durables avec Amedeo Modigliani, Chaïm Soutine, Ossip Zadkine et Pablo Picasso. En moins d'une décennie, il s'impose comme l'une des figures majeures de l'École de Paris, ce mouvement cosmopolite qui fit de la capitale française le foyer de l'avant-garde mondiale entre les deux guerres.
C'est dans les années 1920 que sa réputation éclate. Foujita met au point la technique qui deviendra sa signature absolue : un fond blanc d'une luminosité laiteuse obtenu grâce à une préparation dont il ne révéla jamais la composition exacte, rehaussé de fines hachures au pinceau puisées dans la tradition de la calligraphie japonaise. Ce mariage unique entre la peinture à l'huile occidentale et le tracé oriental confère à ses nus féminins, à ses portraits de chats et à ses compositions de groupe une qualité de surface immédiatement reconnaissable.
Sa notoriété atteint son apogée entre 1921 et 1929. Il parcourt ensuite l'Amérique latine avant de rentrer au Japon, où il produit durant la Seconde Guerre mondiale une série de peintures militaires commandées par l'armée impériale. Cet épisode lui vaut un ostracisme profond dans l'archipel au lendemain du conflit. Il retourne en France, acquiert la nationalité française en 1955 et se convertit au catholicisme, adoptant le prénom de Léonard en hommage à Léonard de Vinci. Son œuvre ultime, la Chapelle Notre-Dame-de-la-Paix à Reims, qu'il conçoit et décore entièrement entre 1965 et 1966, est aujourd'hui classée monument historique. Il meurt à Zurich le 29 janvier 1968.
L'héritage de Foujita est aujourd'hui géré par la Fondation Foujita, qui veille à la conservation et au rayonnement de son œuvre en France et au Japon. Sa maison-atelier de Villiers-le-Bâcle, dans l'Essonne, est ouverte au public depuis 1991, année où sa veuve Kimiyo Foujita en fit donation au Conseil général.
Quelle est la cote de Léonard Foujita sur le marché de l'art ?
La cote de Foujita s'est considérablement renforcée depuis les années 1980, au fil d'une redécouverte progressive par le marché international. Sa double appartenance culturelle, à la fois française et japonaise, crée une demande structurellement soutenue par deux communautés de collectionneurs distinctes, ce qui protège sa cote des cycles habituels du marché occidental.
Son record absolu remonte à octobre 2018, lors d'une vente publique à Londres : La fête d'anniversaire (1949), une huile sur toile représentant une scène animée peuplée d'animaux en hommage aux fables de Jean de La Fontaine, est adjugée à plus de 8 millions d'euros, soit près de sept fois son estimation haute. Ce résultat traduit l'exceptionnelle rareté des grandes compositions de la période new-yorkaise.
Ce niveau n'est pas réservé aux œuvres d'exception. En juin 2023, une étude de visage en encre et lavis de 1930 a été adjugée à 84 500 € lors d'une vente parisienne. En 2025, une huile et encre sur toile représentant une jeune femme à sa toilette s'est vendue 105 000 €, et un dessin à l'encre de Chine représentant une fillette a atteint 38 000 € après avoir largement dépassé son estimation initiale de 20 000 €. Ces résultats illustrent la solidité d'un marché actif sur tous les supports, pas seulement les huiles majeures.
Comment estimer une œuvre de Léonard Foujita ? Les critères déterminants
L'estimation d'un Foujita ne se résume pas à identifier la technique : plusieurs facteurs se combinent pour établir la valeur réelle d'une œuvre, et certains d'entre eux sont propres à cet artiste.
La technique et le support
La hiérarchie des valeurs suit étroitement celle des supports. Une huile sur toile, surtout si elle est d'un format généreux et représente un nu ou une scène composite, atteint des niveaux bien supérieurs aux autres techniques. Viennent ensuite les peintures mixtes (huile et encre combinées, procédé que Foujita affectionnait à la fin de sa carrière), puis les dessins à l'encre de Chine et les aquarelles, et enfin les estampes (eaux-fortes, lithographies, sérigraphies).
Cette hiérarchie est cependant nuancée par le sujet : un grand dessin à l'encre représentant un nu ou un groupe de chats peut surpasser en valeur une petite huile au sujet banal.
La période de création
Parmi toutes les périodes de la carrière de Foujita, les Années Folles (1921–1929) sont les plus recherchées. Les œuvres de cette décennie concentrent ce que les collectionneurs associent à la marque Foujita : maîtrise du fond blanc, nus à la peau nacrée, compositions festives et dialogue entre les deux cultures. Une huile de cette période peut valoir deux à trois fois l'équivalent d'une huile des années 1950, toutes choses égales par ailleurs.
La période de la maturité française (1950–1968) reste néanmoins bien cotée, notamment pour les œuvres à caractère religieux, les portraits d'enfants et les scènes intimes. Les peintures de la période japonaise de guerre (1940–1949) font l'objet d'une demande plus spécialisée, portée principalement par les collections institutionnelles japonaises.
Le sujet et la composition
Les sujets les plus prisés par les collectionneurs sont, dans l'ordre : les nus féminins (allongés sur fond blanc, les plus emblématiques), les chats (motif récurrent et immédiatement identifiable), les autoportraits (rares et très recherchés), et les scènes de groupe animées. Les natures mortes et les paysages, bien que de qualité, suscitent une demande moins soutenue.
La provenance et l'authenticité
Pour un artiste aussi prolifique et aussi copié que Foujita, la provenance documentée constitue un critère décisif. Une œuvre accompagnée d'une référence au Catalogue Général Raisonné de Sylvie et Casimir Buisson vaut sensiblement plus qu'une œuvre sans historique solide. L'absence de référence au catalogue n'invalide pas nécessairement l'authenticité, mais elle impose une démarche d'authentification préalable à tout projet de vente ou d'assurance.
Quels sont les prix des œuvres de Foujita aux enchères ?
Le marché de Foujita couvre une gamme de prix très large, ce qui explique l'intérêt qu'il suscite à la fois chez les grands collectionneurs et chez les amateurs en début de constitution de collection.
Les estampes (eaux-fortes, lithographies, sérigraphies) constituent le point d'entrée le plus accessible, avec des prix moyens compris entre 4 000 et 8 000 € pour une pièce de belle qualité. Les sujets les plus demandés, comme un chat regardant le spectateur ou un nu de profil, peuvent atteindre 16 000 à 20 000 € pour une épreuve en bon état dotée d'une belle provenance.
Les dessins et aquarelles offrent une fourchette très large, de 1 000 € pour une esquisse rapide à plus de 100 000 € pour un grand dessin à l'encre de Chine d'un nu ou d'une composition animée. La majorité des dessins signés et datés se négocie entre 5 000 et 50 000 €.
Les peintures à l'huile constituent la catégorie la plus disputée. Une petite huile sur toile des années 1950 débute autour de 20 000 à 30 000 €, une œuvre de format moyen de la période des Années Folles peut atteindre 200 000 à 500 000 €, et les grands formats de nus ou de scènes composites des années 1920 franchissent régulièrement le million d'euros. Le record actuel, établi pour La fête d'anniversaire lors d'une vente publique à Londres en 2018, dépasse les 8 millions d'euros.
Comment reconnaître une œuvre authentique de Léonard Foujita ?
La question de l'authenticité est fondamentale pour Foujita : sa notoriété et les valeurs atteintes en vente publique en font l'une des cibles les plus fréquentes des faussaires sur le marché français et international.
La référence absolue en matière d'authentification est le Catalogue Général Raisonné de l'Œuvre de Léonard Foujita, dont la compilation a été engagée en 1980 par Sylvie Buisson et Dominique Buisson. Le premier volume a été publié en 1987 par ACR Éditions, un deuxième en 2001, un troisième en 2007. Sylvie Buisson, rejointe par son fils Casimir Buisson, prépare actuellement le quatrième volume. Depuis mai 2025, les certificats d'authenticité émis dans ce cadre sont co-signés par Sylvie et Casimir Buisson. Toute acquisition significative devrait être vérifiée par rapport à ce répertoire via le site officiel foujita.org.
Sur le plan technique, la qualité de surface du fond blanc caractéristique est difficile à imiter : sa luminosité et sa texture particulières résultent d'une préparation que Foujita n'a jamais transmise de son vivant et que les analyses scientifiques (fluorescence X, stratigraphie) permettent aujourd'hui d'étudier. La signature a évolué au fil des décennies : en caractères japonais dans ses premières années parisiennes, en caractères latins "Foujita" ou "T. Foujita" à partir des années 1920, parfois accompagnée d'un monogramme.
Les faux les plus courants circulent dans la catégorie des dessins à l'encre et des petites huiles présentées sans historique. La présence d'une simple signature non expertisée ne suffit pas à garantir l'authenticité.
Comment faire estimer une œuvre de Léonard Foujita ?
Faire estimer un Foujita suppose de réunir un dossier aussi complet que possible : photographies de qualité de l'avers et du revers, mesures précises de la toile ou du papier (châssis exclu), description de l'état de conservation, et tout historique disponible (acte d'achat, succession, ancienne étiquette de galerie, correspondance ou ancienne facture).
L'expert examinera d'abord la cohérence de la signature avec la période supposée, la technique de préparation du support, les pigments employés et l'état du vernis ou du fixatif. Il cherchera une mention de l'œuvre dans le Catalogue Général Raisonné ou dans d'anciens catalogues de vente. Pour les œuvres importantes ou contestées, une analyse physico-chimique peut être envisagée.
L'estimation peut être conduite à distance à partir de photographies de qualité, ce qui permet de lancer la démarche sans déplacement. Notre équipe d'experts répond gratuitement à votre demande d'estimation en ligne sous 48 heures.
Ce qu'il ne faut absolument pas faire avec une œuvre de Foujita
Vendre une estampe au prix d'une reproduction. Les tirages originaux de Foujita, eaux-fortes numérotées ou lithographies signées à la main, sont des œuvres authentiques qui valent plusieurs milliers d'euros. Les reproductions modernes sur papier, qui circulent abondamment sur les marchés de brocante, n'ont aucune valeur de collection. Confondre les deux, comme c'est fréquemment le cas dans les successions, revient à céder une pièce précieuse au prix du papier.
Restaurer sans expertise préalable. Le fond blanc de Foujita est un support fragile et chimiquement complexe. Un nettoyage mal conduit, un revernis ou une retouche non adaptée peut irrémédiablement altérer la surface et diviser la valeur par deux ou trois. Toute intervention sur une peinture de Foujita doit être confiée à un restaurateur spécialisé en peintures de l'École de Paris, après avis d'un expert.
Présenter une œuvre sans authentification à la vente. Dans un marché où les faux sont nombreux, une œuvre sans référence au Catalogue Général Raisonné ou sans certificat de Sylvie ou Casimir Buisson est systématiquement sous-évaluée, parfois refusée par les salles de vente sérieuses. Le coût de la démarche d'authentification est sans commune mesure avec la plus-value qu'un certificat en bonne et due forme procure à la revente.
Négliger la provenance lors d'un héritage. Un Foujita découvert dans une succession familiale peut valoir plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d'euros. Trop souvent, faute de savoir à qui s'adresser, les héritiers le confient en lot à un videur de maison ou le stockent dans des conditions de température et d'humidité incompatibles avec la conservation de la peinture. Un simple signalement auprès d'un expert suffit à éviter une perte irréparable.


