Art vietnamien et coréen : le marché méconnu des collectionneurs
Longtemps dans l'ombre de la Chine et du Japon, l'art vietnamien et coréen connaît depuis dix ans une hausse spectaculaire : un Le Pho a dépassé le million d'euros en 2022. Le guide pour comprendre ce marché.

L'art vietnamien et l'art coréen constituent probablement les deux marchés les plus dynamiques et les plus sous-évalués de l'art asiatique en Europe. Pendant que les prix du marché chinois atteignaient des sommets, ces deux segments restaient accessibles aux collectionneurs — jusqu'à ce que le marché les redécouvre. Aujourd'hui, une œuvre de Lê Phổ peut dépasser le million d'euros, et les céramiques coréennes de type celadon font l'objet d'une compétition internationale intense. Comprendre ces marchés, c'est savoir saisir des opportunités.
L'art vietnamien moderne : les peintres de l'École des Beaux-Arts d'Indochine
Le segment le plus actif de l'art vietnamien est celui des peintres formés à l'École des Beaux-Arts d'Indochine (EBAI), fondée à Hanoï en 1925 sous l'administration coloniale française. Ces artistes — Lê Phổ (1907–2001), Vu Cao Dam (1908–2000), Mai Trung Thứ (1906–1980), Lương Xuân Nhị (1914–2006) — ont fusionné la tradition picturale vietnamienne (peinture sur soie, laque) avec les techniques académiques françaises. Le résultat est un art profondément poétique, aux couleurs lumineuses, à la fois familier et exotique pour l'œil occidental.
Les œuvres sur soie de ces peintres concentrent les adjudications les plus élevées. Lê Phổ a dépassé le million d'euros à plusieurs reprises — sa "Jeune fille aux pivoines" a été adjugée 910 000 € lors d'une vente récente. Mai Trung Thứ a établi un record avec une œuvre cédée 182 000 € à Paris. Vu Cao Dam, quant à lui, a vu son record mondial porté à 331 250 €. Si vous possédez une œuvre de ce cercle, notre formulaire d'estimation en ligne permet d'obtenir une première orientation sous 48h.
Art vietnamien traditionnel : sculptures, laques et céramiques
Au-delà des peintres de l'EBAI, l'art vietnamien traditionnel inclut des sculptures bouddhiques en bois, des laques polychromes, des bronzes (dont les célèbres tambours de Dong Son) et des céramiques à glaçure crème ou bleu et blanc. Un Bouddha en bronze de qualité a été vendu à 150 000 € lors d'une grande vente internationale en 2016. Les sculptures en bois anciennes sont cependant fragilisées par l'humidité du climat vietnamien : les fissures et les moisissures affectent significativement la valeur. Les laques vietnamiennes — technique héritée de la Chine mais enrichie de pigments locaux (coquille d'œuf, laque rouge) — constituent un domaine spécifique. Selon la rareté et le type proposé, les œuvres vietnamiennes se vendent entre 50 et 900 000 € aux enchères.
L'art coréen : un marché discret mais profond
Les céramiques Goryeo : le celadon qui subjugue
Les céramiques de la période Goryeo (918–1392), avec leur glaçure céladon d'un vert-gris subtil, sont parmi les plus belles et les plus cotées de l'art asiatique. La technique du sanggam (incrustations noires et blanches dans la glaçure) est une invention coréenne unique. Un bol Goryeo de qualité musée peut atteindre 500 000 € en vente internationale. Les pièces courantes — sans incrustations, légèrement ébréchées — se situent entre 500 et 10 000 €.
La peinture Joseon et les arts décoratifs
La période Joseon (1392–1897) a produit des peintures à l'encre (minhwa, portraits de Bouddha, paysages confucéens) et des arts décoratifs (mobilier laqué, céramiques blanches Baekja). Le marché coréen de ces pièces est largement concentré à Séoul — mais les ventes européennes voient de plus en plus de lots coréens proposés dans les sessions d'arts asiatiques. L'estimation requiert une expertise spécifique, distincte de celle de l'art chinois ou japonais.
Les tendances du marché en 2026
Le marché de l'art vietnamien est soutenu par une double demande : les collectionneurs diaspora (Français d'origine vietnamienne, collectionneurs de Hanoï et Hô Chi Minh-Ville) et les acheteurs internationaux attirés par la qualité picturale et des prix encore accessibles comparés aux maîtres chinois ou japonais. Le marché coréen profite d'un intérêt croissant lié au soft power culturel coréen (Hallyu) — un phénomène qui commence à influencer les prix des arts anciens. Pour obtenir une estimation de votre art vietnamien ou coréen, notre formulaire d'estimation en ligne est disponible gratuitement.
Comment obtenir une estimation pour vos œuvres vietnamiennes ou coréennes ?
L'authentification des peintres de l'EBAI est un exercice délicat : le marché est actif mais les faux et les attributions douteuses se multiplient. Un commissaire-priseur spécialisé en arts asiatiques comparera style, technique, signature et provenance avec les œuvres documentées dans les catalogues de référence. Pour les céramiques coréennes, l'analyse physico-chimique de la glaçure peut compléter l'expertise visuelle.
Envoyez des photographies en haute résolution (face, revers, signature, cachet éventuel) accompagnées de tout document de provenance disponible.
Ce qu'il ne faut absolument pas faire
Ne pas confondre art vietnamien et art chinois. De nombreuses œuvres d'art produites au Vietnam comportent des inscriptions en caractères chinois, une iconographie bouddhique partagée et des techniques similaires. Cette confusion peut conduire à une sous-évaluation ou à une surévaluation selon le sens dans lequel elle joue.
Ne pas vendre une peinture sur soie sans expertise. Les peintures sur soie des peintres de l'EBAI font l'objet d'un marché de faux actif depuis les années 2000. Seule une expertise rigoureuse permet de distinguer un original d'une copie.
Ne pas ignorer la provenance. Pour les antiquités coréennes, les mêmes règles que pour l'art chinois s'appliquent : une provenance documentée avant 1970 est indispensable pour toute vente internationale.
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