Porcelaine et Céramique

Comment estimer une faïence de Strasbourg Hannong ?

David Elberg
18 mai 2026
5 min de lecture

Nichée dans une armoire alsacienne ou entreposée dans une cave familiale depuis plusieurs générations, la faïence Hannong est souvent méconnue de ses propriétaires — qui la croient parfois sans valeur particulière. C'est une erreur potentiellement coûteuse : les meilleures pièces de la manufacture de Strasbourg, active entre 1721 et 1784, atteignent régulièrement plusieurs dizaines de milliers d'euros aux enchères, et même les pièces courantes trouvent des amateurs sérieux à des prix respectables. Tout dépend de la période, de la marque et du décor.

Comment estimer une faïence de Strasbourg Hannong ?
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La manufacture Hannong : trois générations au sommet de la céramique européenne

La faïence de Strasbourg est indissociable de la famille Hannong — une lignée d'entrepreneurs céramistes d'origine hollandaise dont les innovations techniques ont profondément marqué l'histoire de la céramique française. Tout commence en 1709 lorsque Charles-François Hannong s'installe à Strasbourg et ouvre une fabrique de pipes en terre, rue du Foulon (aujourd'hui rue Hannong). En 1721, il fonde la manufacture de faïence qui va rayonner sur toute l'Europe.

Trois générations se succèdent à la direction :

Charles-François Hannong (1721–1739) : fondateur, il établit les bases techniques et ouvre une succursale à Haguenau en 1724, profitant des ressources naturelles locales — forêts et argile.

Paul-Antoine Hannong (1739–1760) : fils aîné, il perfectionne les techniques décoratives, introduit la polychromie et crée les célèbres fleurs au naturel qui deviennent la marque distincte de Strasbourg. Il est le premier à utiliser la technique de petit feu sur faïence en France, permettant une palette élargie incluant le rose Pompadour et le pourpre de Cassius. Son désir de produire de la porcelaine comme à Meissen l'amène à des recherches pionnières, mais la Manufacture de Sèvres obtient l'interdiction de cette production concurrente.

Joseph-Adam Hannong (1762–1781) : il organise la production industriellement, crée une école de formation pour ses peintres et fait rédiger un catalogue descriptif numéroté — système rationnel en avance sur son temps. La manufacture connaît son apogée sous sa direction avant de décliner sous le poids des dettes et du changement de mode.

Les décors : clé de lecture et de valeur

La céramique ancienne Hannong se reconnaît à son émail blanc légèrement bleuté, à la pureté de sa palette et à la précision de ses motifs. Les grandes catégories de décors se distinguent nettement :

Les faïences de grand feu bleues (1721–1730)

Décors en camaïeu bleu, inspirés de la faïence de Rouen avec ses lambrequins et motifs d'orfèvrerie. Ce sont les pièces les plus anciennes, sobres mais très prisées des connaisseurs.

Les décors polychromes de grand feu (1730–1745)

Apparition des premières couleurs vives. Les motifs chinoiseries, scènes de chasse, fleurs des Indes témoignent d'une influence orientale clairement assumée.

Les « fleurs fines » ou « fleurs esseulées » au petit feu (1745–1781)

C'est la période de gloire de la manufacture. Le pourpre de Cassius — obtenu grâce à un procédé chimique développé par Paul Hannong — permet des roses et mauves d'une délicatesse inégalée. Les motifs floraux naturalistes, souvent accompagnés de papillons et d'insectes, sont peints avec un réalisme botanique remarquable.

Les pièces zoomorphes et de représentation (1760–1781)

Terrines en forme de phaisans, de canards, de choux-fleurs, de tortues ou de melons — destinées à l'aristocratie allemande et française — constituent les chef-d'œuvres absolus de la manufacture. Ces grandes pièces de forme, souvent attribuées à Paul Hannong, sont aujourd'hui rarissimes sur le marché.

Les marques et poinçons : déchiffrer pour authentifier

Les faïences Hannong portent généralement une marque sous la base : PH en bleu sous couverte = Paul Hannong (1739–1760). C'est la marque la plus valorisée. JH ou IH en bleu = Joseph Hannong (1762–1781). Très recherchée également. CFH = Charles-François Hannong (plus rare, production initiale). Des lettres et chiffres supplémentaires correspondent aux marques d'ateliers et aux signatures de peintres.

Attention aux faux : des manufactures comme celle des Ferrat à Moustiers ont abusivement utilisé la marque « PH ». Un expert identifie immédiatement la différence par l'examen de la pâte, de l'émail et du style décoratif. La pâte Hannong est fine et légèrement beige, l'émail d'un blanc pur et brillant très distinct des productions concurrentes.

Fourchettes de prix sur le marché actuel

Les prix varient considérablement selon la catégorie : Assiettes courantes à fleurs fines : 200 à 800 € en bon état de conservation, pour des pièces typiques de la production courante. La présence d'insectes ou papillons peints dans le décor, caractéristique de la manufacture, maintient l'intérêt. Statuettes et figurines : les petites figures de la Commedia dell'arte ou les animaux naturalistes modélisés débutent à 200–500 € pour les exemplaires communs. Les pièces polychromes bien conservées — singes musiciens, Pierrot — atteignent 6 000 à 12 000 €. Terrines zoomorphes et grandes pièces de représentation : les adjudications peuvent atteindre voire dépasser 60 000 à 70 000 € pour les pièces les plus spectaculaires — deux terrines en forme de faisannes ont ainsi été adjugées à 66 000 et 68 000 € lors d'une vente de 2022.

Comment obtenir une estimation pour une faïence Hannong ?

La première approche doit toujours commencer par la photographie complète et rigoureuse de la pièce : face, revers, profil, et surtout gros plan sous la base pour les marques. L'examen de la pâte (couleur, texture), de l'émail (éclat, blancheur) et du style décoratif complète l'identification. Pour une estimation de céramique ancienne précise, seul un commissaire-priseur ou un expert spécialisé en céramique française du XVIIIe siècle peut vous donner une fourchette réaliste. Les collections de référence conservées au Musée des Arts Décoratifs de Strasbourg et au Musée Historique de Strasbourg (rue du Vieux-Marché-aux-Poissons) constituent les repères scientifiques du marché. Envoyez vos photos via le formulaire d'estimation en ligne d'EstimationArt.fr pour une réponse sous 48 heures.

Ce qu'il ne faut absolument pas faire

Confondre Hannong et imitations. La manufacture a engendré de nombreux imitateurs — Marseille, Niderviller, Lunéville, Saint-Clément se sont directement inspirés des décors strasbourgeois. Seul un expert distingue avec certitude un original Hannong d'une copie contemporaine. Les prix sont sans commune mesure.

Vendre à un antiquaire sans estimation préalable. Les pièces Hannong sont particulièrement connues dans la région, et des amateurs locaux informés sont en mesure de les sous-évaluer délibérément. Une estimation par un commissaire-priseur indépendant est la seule garantie d'une vente au juste prix.

Négliger les traces de restauration. Une restauration ancienne bien faite peut être invisible à l'œil nu mais visible sous lumière ultraviolette. Elle divise généralement la valeur par deux. Cette vérification est systématique chez tout expert sérieux.

Jeter l'emballage ou la documentation ancienne. Une facture, une correspondance ou même une étiquette d'inventaire ancienne augmentent la traçabilité de la pièce — critère désormais pris en compte par les collectionneurs comme par les musées.

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