Astrolabes et instruments scientifiques islamiques
En 2024, un astrolabe moghol de 1612 s'est vendu plus de 2 millions de livres sterling. Les instruments scientifiques islamiques anciens n'ont jamais été aussi recherchés.

En avril 2024, un astrolabe moghol réalisé à Lahore en 1612 par les frères Qa'im Muhammad et Muhammad Muqim s'est vendu plus de 2 millions de livres sterling lors d'une vente à Londres. Un record qui illustre l'engouement croissant des collectionneurs pour les instruments scientifiques islamiques — category longtemps sous-estimée mais aujourd'hui en plein essor. Ce guide vous donne les clés pour identifier et évaluer un astrolabe ou un autre instrument scientifique islamique.
L'astrolabe islamique : un instrument polyfonctionnel
L'astrolabe est une représentation plane de la sphère céleste géocentrique, inventée dans l'Antiquité grecque et perfectionnée par les savants arabes à partir du IXe siècle sous les Abbassides. C'est à la fois une boussole, une horloge, un calendrier et un instrument astronomique permettant de mesurer la hauteur des astres, de calculer l'heure des cinq prières quotidiennes (awqat al-salat), de déterminer la direction de La Mecque (qibla) et de naviguer. Le plus ancien astrolabe islamique signé connu, daté de 417/1027 et réalisé à Cordoue par Muhammad ibn al-Saffar, est conservé au Royal Scottish Museum d'Édimbourg.
L'astrolabe islamique comprend plusieurs éléments caractéristiques : la mère (umm), disque principal sur lequel sont gravés les cercles horaires et les azimuts ; les tympans (safahat), plaques interchangeables calculées pour différentes latitudes ; l'araignée (ankabut ou rete), plaque ajourée représentant le zodiaque et les étoiles principales ; et l'alidade, règle mobile servant à viser les astres. La richesse du décor gravé — arabesques, inscriptions en nastaliq ou en coufique, noms des étoiles et des cités — fait de ces instruments des œuvres d'art à part entière.
Comment identifier un astrolabe islamique authentique
L'identification d'un astrolabe islamique authentique repose sur plusieurs niveaux d'examen. Le premier est matériel : les astrolabes médiévaux sont fondus en laiton ou en bronze par coulée à la cire perdue, puis travaillés au burin. Un examen à la loupe révèle les coups de burin caractéristiques d'un travail manuel — l'uniformité parfaite d'une gravure mécanisée est suspecte. Le métal doit présenter une patine naturelle, légèrement verte à l'intérieur des gravures.
Le second niveau est épigraphique : les inscriptions doivent être dans un style calligraphique cohérent avec l'époque et la région revendiquée. Un astrolabe « persan du XIIe siècle » présentant une calligraphie ottomane du XVIIe est immédiatement suspect. La nomenclature des étoiles et les valeurs numériques inscrites doivent correspondre aux coordonnées astronomiques de la période — une vérification possible pour les spécialistes.
Le troisième niveau est historique : la signature du facteur d'astrolabes (los astrolabiste) est un élément de grande valeur. Les grandes dynasties de facteurs sont bien documentées : les al-Khujandi à Bagdad (Xe siècle), les al-Yazdi à Yazd/Ispahan (XVIIe siècle), la famille Lahori de Lahore sous les Moghols (XVIe–XVIIe siècles). Un astrolabe signé d'un nom connu bénéficie d'une prime de valeur considérable.
Les fourchettes de valeur sur le marché
Le marché des astrolabes islamiques est très hiérarchisé. À la base se trouvent les reproductions modernes — astrolabes fabriqués au Maroc, en Turquie ou en Iran pour les marchés touristiques, en laiton moulé et gravé mécaniquement — qui valent 50 à 500 € et n'ont aucun intérêt patrimonial. Leur présence est massive dans les brocantes et sur les sites de revente en ligne.
Les astrolabes anciens du XVIIe–XIXe siècle, nombreux sur le marché, se négocient entre 2 000 et 30 000 € selon l'état, le nombre de tympans, la richesse de l'araignée et la présence d'une signature. Les instruments des grandes périodes médiévales — abbassides, fatimides, andalous — sont extrêmement rares et peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros. Les exemplaires signés de facteurs célèbres ou présentant une provenance documentée (ancienne collection de cabinet de curiosités, inventaire de bibliothèque) franchissent régulièrement le million en vente internationale.
D'autres instruments scientifiques islamiques suscitent un intérêt croissant : les quadrants (rub' al-mujayyab), utilisés pour les mêmes calculs de prière ; les cadrans solaires en laiton inscrit ; les globes armillaires ; et les sphères célestes en laiton gravé d'un mappemonde étoilée. Pour une estimation, soumettez votre instrument via notre formulaire d'estimation en ligne.
Les autres instruments scientifiques islamiques
Au-delà de l'astrolabe, plusieurs catégories d'instruments scientifiques islamiques intéressent les collectionneurs. Les sphères armillaires — globe représentant les cercles de la sphère céleste (écliptique, équateur, tropiques) — ont été produites en grande quantité dans la Perse safavide et l'Empire ottoman. Une sphère armillaire islamique du XVIIe–XVIIIe siècle en laiton gravé se négocie entre 3 000 et 25 000 €.
Les globes terrestres islamiques gravés, représentant la géographie du monde connu avec des inscriptions en arabe, sont extrêmement rares et peuvent atteindre des prix record. La boussole islamique (bussola al-qibla), indiquant à la fois le nord magnétique et la direction de La Mecque, est une spécialité ottomane très prisée des collectionneurs. Les microscopes et télescopes produits dans l'Empire ottoman au XVIIIe siècle sous influence européenne constituent une dernière catégorie émergente.
Comment obtenir une estimation pour un instrument islamique ?
L'estimation d'un astrolabe islamique suppose un examen physique de l'instrument, à la fois sur le plan métallurgique (alliage, patine, technique de fonte) et épigraphique (vérification des inscriptions). Des analyses par fluorescence X peuvent confirmer la composition du métal et exclure les matériaux modernes.
Pour une première évaluation, des photographies de haute qualité de la face, du dos, de chaque tympan, de la tranche et des inscriptions sont nécessaires. Déposez votre demande via notre formulaire d'estimation en ligne pour obtenir gratuitement l'avis d'un commissaire-priseur diplômé. Si l'instrument semble ancien et signé, une expertise physique en salle est hautement recommandée.
Les brocanteurs et marchands de curiosités proposent fréquemment des reproductions modernes pour des prix importants (300 à 1 500 €) sans les identifier clairement comme telles. Un commissaire-priseur n'a pas cet intérêt commercial et peut vous protéger d'une erreur d'appréciation.
Ce qu'il ne faut absolument pas faire
1. Confondre reproduction touristique et instrument ancien. Les ateliers marocains de Fès et turcs d'Istanbul produisent des astrolabes en laiton moulé mécaniquement que l'on trouve abondamment sur les marchés et en ligne pour 100 à 500 €. La régularité parfaite du tracé mécanique, l'absence de patine naturelle dans les gravures et la légèreté du métal les distinguent immédiatement des instruments anciens travaillés à la main.
2. Séparer un astrolabe de ses tympans ou de son alidade. Un astrolabe complet avec plusieurs tympans, son alidade et sa suspension est toujours plus précieux que les éléments dispersés. La valeur d'un instrument incomplet chute de 30 à 60 % selon les éléments manquants.
3. Nettoyer la patine. La patine naturelle d'un astrolabe islamique ancien est un indice fondamental d'authenticité. Un nettoyage au produit décapant, même bien intentionné, efface irrémédiablement cet indice et peut réduire la valeur de 50 %. Conservez la pièce dans son état et confiez tout traitement à un restaurateur spécialisé.
4. Vendre sur un site de vente généraliste sans expertise préalable. Un astrolabe islamique authentique du XVIIe siècle vaut entre 5 000 et 30 000 € ; vendu comme « décoration orientale » sur un site généraliste, il peut partir pour 200 €. Seule une expertise spécialisée peut révéler la valeur réelle de l'instrument.
Autres articles qui pourraient vous intéresser

Céramiques d'Iznik et de Kütahya : comment les reconnaître
Un carreau d'Iznik du XVIe siècle peut atteindre 20 000 €. Savoir distinguer l'Iznik authentique de Kütahya ou d'une imitation est la clé d'une bonne estimation.

Argenterie russe : poinçons, maisons et estimation de valeur en 2026
Un objet en argent portant le poinçon « 84 » et les caractères cyrilliques d'une grande maison russe peut valoir de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Le système des zolotniks, les marques de Moscou et Saint-Pétersbourg, les maisons Fabergé, Ovchinnikov et Khlebnikov : voici le guide complet.

Le verre de Murano : reconnaître les époques et ateliers
Une étiquette « Made in Venice » collée sous un vase ne garantit rien : la majorité des pièces vendues comme « Murano » sur les marchés touristiques n'ont jamais vu l'île. Apprendre à distinguer les grandes époques et les grands ateliers est la seule façon de savoir si l'objet hérité ou chiné dans votre famille a une réelle valeur.