L'art qajar : peinture sous verre, laque et objets persans du XIXe siècle
La Perse du XIXe siècle a produit des laques, des peintures sous verre et des émaux d'une richesse oubliée. L'art qajar mérite une réévaluation sérieuse sur le marché de l'art.

La dynastie Qajar règne sur l'Iran de 1796 à 1925 et laisse un héritage artistique considérable, longtemps négligé par le marché occidental de l'art. Aujourd'hui, les collectionneurs iraniens de la diaspora, rejoints par des amateurs européens et américains, ont propulsé certaines pièces qajares vers des fourchettes comparables aux grandes périodes safavides. Une belle peinture sous verre représentant Fath Ali Shah peut dépasser 15 000 €, une boîte en laque signée 8 000 €. Ce guide vous aide à identifier et estimer un objet d'art de la période Qajar.
L'art qajar : entre tradition persane et influences européennes
La période Qajar est caractérisée par une double tension : la fidélité aux grandes traditions persanes (miniature, calligraphie, céramique, textiles) et l'attraction croissante pour les arts et techniques européens. Les souverains qajars — Agha Mohammad Khan, Fath Ali Shah, Mohammad Shah, Naser al-Din Shah — entretiennent des relations diplomatiques et commerciales intenses avec l'Europe (France, Grande-Bretagne, Russie) et s'en inspirent dans leurs commandes artistiques.
Cette hybridation produit un art très particulier : des portraits de cour monumentaux mêlant frontalement persan et perspective occidentale, des émaux peints sur or dans la tradition de Limoges adaptée aux sujets persans, des photographies (Naser al-Din Shah fut l'un des premiers souverains au monde à se passionner pour la photographie), des laques imitant les boîtes de Paris mais ornées de portraits de princes ou de scènes de chasse à la façon persane.
La peinture sous verre : portraits et scènes de cour
La peinture sous verre (naqqashi-ye zir-e shishe) est l'une des techniques les plus caractéristiques de l'art populaire qajar. La peinture est appliquée à l'envers sur la face interne d'une vitre, de sorte que le résultat visible de l'extérieur est inversé. Cette technique, probablement importée d'Europe ou de Chine via la route de la soie, est adoptée par des artisans persans et produit des œuvres d'un éclat particulier.
Les sujets les plus représentés sont les portraits de Fath Ali Shah — souverain de 1797 à 1834, célèbre pour sa longue barbe noire et sa couronne à aigrette — et les scènes tirées de l'épopée du Shahnameh (combats de héros, chasseurs royaux, créatures mythologiques). Ces peintures ornent les maisons des classes moyennes comme substituts accessibles aux grandes œuvres de cour. Leur état de conservation est variable — la peinture peut s'écailler si l'adhérence avec le verre est compromise. Les fourchettes vont de 300 à 8 000 € pour les belles pièces bien conservées.
La laque qajar : boîtes, étuis à calame et reliures
La laque persane est une technique à base de papier mâché (muqqayyar) laqué en plusieurs couches, peint à l'huile puis verni. Elle produit des boîtes à miroir, des étuis à calame (qalamdan), des reliures de Coran, des plateaux et des petits meubles. La peinture sur laque qajar du XIXe siècle atteint une qualité picturale remarquable, empruntant à la fois à la miniature persane (roses, rossignols, portraits de poètes) et aux influences européennes (portraits en trois quarts, paysages romantiques).
Les etuis à calame qajars (boîtes allongées servant à ranger plumes et roseaux) sont des pièces très recherchées : leur format permet une peinture narrative sur toute la surface. Un bel étui à calame signé peut atteindre 5 000 à 15 000 €. Les reliures de Coran en laque enluminée, avec leur décor de médaillons floraux dorés, sont également très recherchées. Certains artisans qajars en laque sont identifiés par leurs signatures : Lotf Ali Khan, Muhammad Baqir, Najaf Ali.
L'émail peint et la joaillerie qajar
La joaillerie qajar combine l'or du haut-titre avec des émaux polychromes (minakari) dans la tradition des maîtres de Chiraz et d'Ispahan. Boîtes à tabac en or émaillé, montres en or à décor de portraits, médaillons avec portraits de princes : ces pièces, produites pour la cour et la haute bourgeoisie qajar, atteignent aujourd'hui 3 000 à 30 000 € selon la qualité et la rareté. Les ordres de chevalerie qajars (Ordre du Lion et du Soleil) sont particulièrement recherchés dans leurs versions en or et en émail.
L'émail cloisonné (champlevé) sur cuivre, produit dans les ateliers d'Ispahan depuis le XVIIe siècle et continuant sous les Qajars, produit des plateaux, des vases et des bijoux au décor floral stylisé dans les couleurs caractéristiques turquoise, rouge et bleu de cobalt. Ces pièces, moins précieuses que l'émail sur or, se négocient entre 200 et 3 000 €.
La céramique et les carreaux qajars
La céramique qajar produit des carreaux de revêtement polychromes décorés de portraits, de scènes de guerre, de scènes de chasse et de figures mythologiques dans un style résolument narratif — très différent du répertoire floral d'Iznik ou safavide. Ces carreaux, souvent encadrés et suspendus comme des tableaux, se négocient entre 500 et 5 000 € selon la qualité de la peinture et l'état de la glaçure.
La production de céramique à décor bleu et blanc continue sous les Qajars, imitant à la fois la porcelaine chinoise et les traditions persanes safavides, mais avec une palette généralement moins subtile et un décor plus chargé. Les grandes jarres et les vases à col long de la période Qajar tardive se trouvent fréquemment dans les collections françaises suite aux voyages diplomatiques du XIXe siècle. Pour une estimation, soumettez votre pièce via notre formulaire d'estimation en ligne.
Comment obtenir une estimation pour un objet d'art qajar ?
L'art qajar bénéficie d'une réévaluation continue sur le marché international depuis les années 2000. La diaspora iranienne en Europe et aux États-Unis est un acteur important de ce marché, ainsi que les grands musées qui ont entrepris de reclasser leurs collections persanes du XIXe siècle.
Pour une estimation gratuite de votre objet persan qajar, transmettez des photographies de qualité via notre formulaire d'estimation en ligne. Un commissaire-priseur diplômé vous donnera une fourchette de valeur et vous indiquera les démarches utiles pour une vente éventuelle. Méfiez-vous des marchands spécialisés en objets orientaux qui mélangent souvent arts décoratifs du XIXe siècle et reproductions modernes sans distinctions nettes.
Ce qu'il ne faut absolument pas faire
1. Confondre art qajar populaire et pièce de cour. L'art qajar populaire (peintures sous verre de qualité modeste, carreaux simples) est très différent des commandes royales (émaux sur or, laques signées, portraits monumentaux sur toile). La différence de valeur est considérable : de 300 € à 30 000 €. Seul un expert en arts islamiques peut établir cette distinction avec certitude.
2. Restaurer soi-même une peinture sous verre endommagée. Les couches de peinture appliquées sur verre sont extrêmement fragiles et adhèrent différemment au support selon les zones. Une tentative de consolidation avec un adhésif ordinaire peut provoquer des écaillages irrémédiables. Confiez toute restauration à un spécialiste en arts sur verre.
3. Négliger la provenance diplomatique. De nombreux objets qajars sont arrivés en France et en Europe via des missions diplomatiques, des voyages d'exploration ou des cadeaux d'État au XIXe siècle. Une provenance documentée (inventaire ancien, lettre d'accompagnement diplomatique, marque de collection) renforce considérablement la valeur et l'authentification.
4. Vendre les éléments d'un ensemble documenté séparément. Un ensemble cohérent d'objets qajars — boîte à miroir, étui à calame et plumier assortis, ou service à thé complet en métal émaillé — vaut systématiquement plus que la somme des pièces individuelles. Conserver les ensembles et les présenter ensemble lors de l'estimation.
Merci à Zoe Rafiee pour sa précieuse contribution à cet article.
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